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 Interview de Céline Landressie + extrait du tome 3, Flétrissures

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Fariboles
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MessageSujet: Interview de Céline Landressie + extrait du tome 3, Flétrissures   Jeu 18 Sep - 16:44

Interview de Céline Landressie

Depuis quelques mois maintenant, le nom de Rose Morte nous est de plus en plus familier. Pourquoi ? Tout simplement parce que cette saga unique et inclassable remporte un très joli succès dans la blogosphère (mais pas que d’ailleurs) !  Véritable bijou et coup de cœur du forum, Rose Morte plonge le lecteur au cœur d’un récit surnaturel à l’intrigue dense, complexe, lui offrant aussi des personnages fascinants et attachants, le tout dans un contexte historique maitrisé. Mais au-delà de tout cela, ce qui fait aussi le succès de cette saga, c’est son âme, son atmosphère, son ambiance unique, un brin old school avec des touches sombres et gothiques, un peu dans l’esprit d’Anne Rice. Pour en savoir plus sur Rose Morte, nous avons la joie d’accueillir sur le forum, le temps d’une interview, celle à l’origine de notre addiction à Rose et Artus, Céline Landressie.    


Bonjour Céline,
Tout d’abord, est-ce que tu peux te présenter, nous dire quelques mots sur toi, sur ton parcours, tes passions, ton quotidien.


Bonjour :) Avant tout, merci beaucoup à l’équipe du Boudoir pour cette interview, à laquelle j’ai grand plaisir à répondre !

Alors, je ne vais pas vous donner mon nom, vous le connaissez déjà. En revanche, vous ne savez peut-être pas que je vais bientôt prendre 36 ans, que je suis mariée et mère d’un petit garçon débordant d’énergie !
L’on peut me qualifier de grande rêveuse, bien que j’aie l’esprit résolument pragmatique. Un paradoxe qui m’aura soutenu à de multiples reprises, mon chemin de vie ayant été plutôt hors norme. Mon parcours scolaire en est d’ailleurs un bon exemple, puisque j’ai quitté les bancs de l’école à 13 ans. Je n’ai fait qu’une brève incursion par une formation professionnelle, quelques années plus tard, mais n’ai jamais plus suivi d’enseignement traditionnel. Ce que j’ai appris par la suite, je l’ai acquis par moi-même, grâce à un grand nombre de livres. Livres que je continue aujourd’hui d’écumer, bien que mon temps de lecture - réduit à peau de chagrin - ne soit quasiment plus employé qu’aux recherches nécessaires à la rédaction de la saga.

Mon quotidien est vraiment très chargé. Les obligations familiales et le travail demandé par l’écriture du troisième tome de Rose Morte - pour ne citer que ces deux activités - me prennent un temps fou. Essayer de tout mener de front, et surtout tenter de ne pas accumuler plus de retard que je n’en ai déjà pris sur ce troisième opus est une lutte de tous les instants. C’est à peine si l’essentiel rentre dans le planning.

Quant à mes passions, eh bien, la principale est bien sûr l’écriture, dont je pense que je ne pourrais plus me passer. J’aime énormément lire (ô surprise !), et suis aussi très friande de loisirs informatiques et vidéoludiques. Il n’y pas si longtemps encore, je méritais largement le qualificatif de « geek ». Si bien qu’aujourd’hui, on peut me qualifier de geek abstinente.. Quoique, même à présent, j’ai toujours un PC, notebook, téléphone ou tablette au bout des doigts ^^’.


Comment en es-tu venue à l’écriture ? As-tu d’ailleurs des manies, des obsessions, des rituels quand tu écris ? Des auteurs que tu adores, qui t’inspirent ?

Lorsque l’on me pose cette question, je m’évertue à rester à distance du cliché : « oh moi, vous savez, j’ai toujours voulu écrire ». Pourtant, le fait est que j’ai toujours écrit. Depuis toute gosse j’ai commencé à rédiger des nouvelles, à la main, ou sur la machine à écrire de ma mère. J’écrivais plutôt du thriller à l’époque, pour peu que l’on puisse apparenter ces balbutiements littéraires à un genre quelconque.
Je n’ai rien gardé de tout cela, ni même dans les années qui suivirent, n’estimant pas le résultat d’assez bonne qualité. Puis, finalement, l’occasion s’est présentée de « vraiment » tenter l’aventure littéraire. Je m’y suis attelée avec sérieux. Une fois parvenue au terme de la rédaction du premier tome, j’ai osé le soumettre à une personne qui m’est chère. Une personne extrêmement qualifiée en matière de Lettres et que je sais très exigeante. Recevoir le franc aval dont elle me gratifia fut pour moi un très grand moment. Ce fut aussi ce qui me convainquit de tenter ma chance auprès d’un éditeur.

J’ai des tas de manies lorsque je m’installe pour travailler. Par exemple, j’aime allumer une bougie. J’ai aussi besoin d’avoir toutes mes notes manuscrites (et cela représente un certain volume) à portée de main, avec mon crayon à papier bien taillé, ma gomme et une feuille de brouillon prête à l’emploi. J’ai tendance à disposer tous ces objets de même manière autour de moi. C’est un processus assez ritualisé, somme toute ^^’

Les auteurs que j’adore sont - dans le désordre - Simone Bertière, Stephen King, Jane Austen et Agatha Christie. Tous les auteurs cités précédemment m’inspirent, mais plus particulièrement S. Bertière, ainsi que Tolstoï, dont la plume est un émerveillement sans cesse renouvelé.


Peux-tu nous présenter en quelques mots (oui, c’est dur) Rose Morte et nous parler de ses héros ?

En quelques mots… Rose Morte est une saga de littérature vampirique, c'est-à-dire dans la veine (ah ah ^^) des romans gothiques du 18e-19e siècle. Le traitement historique, narratif et psychologique y est très travaillé, et traité de manière résolument adulte.
Les personnages - auxquels j’attache une très grande importance - sont amenés de sorte à ce que vous les rencontriez véritablement. Car de même qu’il est impossible de tout comprendre, tout apprendre et tout cerner d’une personne dont vous venez à peine de faire la connaissance, aucune des individualités que vous rencontrerez ne vous sera servie sur un plateau d’argent. Vous ne voyagerez pas dans leur esprit. Tout comme l’on doit le faire dans la vie réelle, il vous faudra les observer attentivement, les écouter, les analyser, pour tenter de les comprendre...
D’autre part, le point de vue du personnage principal, lady Rose, évolue au fil des tomes, à mesure que ses connaissances sur le monde s’étoffent. Au départ nous rencontrons une femme que sa condition prédestine à un avenir qu’elle rejette. Avec elle, nous découvrons un contexte sociétal, moral, auquel sa nature avant-gardiste la pousse à échapper.


Peux-tu nous parler un peu de la genèse de Rose Morte ? Entre la première idée de la saga et celle que l’on connait aujourd’hui, est-ce que beaucoup de choses ont changé ?

Peu de chose ont bougé par rapport à l’idée originale. J’avais dès le départ une vision très nette de cette saga, et de la manière dont elle s’achèverait. D’ailleurs, la trame est suffisamment nette pour que je puisse me permettre d’élaborer chaque tome comme une pièce du puzzle final. Là aussi, c’est un gros travail de minutie et de peaufinage.


Ce qui frappe en premier lorsque l’on découvre tes livres, c’est ta parfaite maitrise du contexte historique, c’est d’autant plus remarquable qu’il s’agit de périodes de l’Histoire plutôt complexes (fin du XVIème siècle, Révolution française…). Ces périodes te fascinent-elles ? Est-ce que tu sentais qu’il fallait inscrire Rose Morte dans ces moments troubles pour mieux servir l’intrigue ?

Merci beaucoup d’avoir noté le travail accompli, et plus encore pour le joli compliment qui accompagne cette observation ^^’ !
Les périodes abordées ne me fascinent pas nécessairement, non, bien que l’Histoire en générale m’intéresse énormément. Démarrer au XVIe siècle fut, par exemple, davantage imposé (d’un point de vue scénaristique) que choisi. Connaissant  mal cette période, je savais qu’il me faudrait déployer beaucoup de travail pour parvenir à planter un décor crédible. Cela m’inquiétait, et m’inquiète toujours autant à mesure que les tomes avancent, car j’ai peur de ne pas réussir à atteindre le degré de justesse ambitionné.

En effet, ces périodes particulièrement agitées aident à mettre en évidence les parallèles, les différences, ainsi que les multiples niveaux d’interactions entre les deux mondes que je m’efforce de dépeindre. L’intrigue n’en devient bien sûr que plus épaisse, mais demande aussi beaucoup plus d’attention. Coudre le fantastique avec notre réalité historique, sans que cette dernière soit déformée, demande là encore un gros travail.


Cela doit certainement aussi te demander beaucoup de travail de recherches ? Comment procèdes-tu ?

En effet, le travail pour les trois premiers tomes a été assez conséquent. Six mois de lectures et recherches en tous genres pour savoir dépeindre le XVIe siècle. Cinq mois pour être sûre de connaître ce que j’avais besoin de connaître concernant le XVIIIe siècle. Et actuellement… j’ai arrêté de compter ! Le retard pris m’oblige à relire les ouvrages que j’ai déjà lu une première fois, ce qui augmente donc la quantité de travail. Je pense que je dois en être environ à huit mois de recherches, là encore que ce soit du temps passé le nez dans les livres (dont certains totalement indigestes), à écumer la toile en quête des renseignements manquants, ou plantée des heures durant devant des documentaires.
Le moins que l’on puisse dire est que je me donne énormément de mal pour que ces ouvrages soient historiquement fiables.

Je procède toujours de la même manière : sachant par avance la période dans laquelle va s’inscrire le récit, je commence à « dégrossir » en lisant des ouvrages généraux, ou des biographies de personnages de l’époque. Puis à mesure que sont compilées les informations utiles, je creuse tel ou tel aspect, en lisant toujours plus de livres, et en ciblant mes recherches grâce au merveilleux outil qu’est internet :)
Il y a de cela deux ou trois mois, j’ai enfin réussi à trouver un renseignement que je cherchais depuis un an ! C’est dire jusqu’où je suis capable de pousser la précision… A l’exception de deux-trois choses, je m’évertue à être historiquement exacte, de préférence jusque dans les petits détails.

Bien entendu, je ne me prétends pas historienne et n’ai aucunement la volonté d’écrire des livres d’Histoire. Rose Morte est et restera une saga fantastique. Toutefois, puisque je désire amener le lecteur à rêver avec moi que ce que je narre puisse être possible, je m’efforce d’être réaliste. C’est un exercice chronophage, exigeant et très dense… mais qui me passionne ^^’ !


Ce que l’on remarque aussi au fil des pages, c’est que tu installes une atmosphère qui bascule peu à peu vers le surnaturel mais cela se fait tout en douceur, presque naturellement et du coup, cela devient  vraisemblable, réaliste. Cela va un peu à contre-courant de ce que l’on trouve en littérature fantastique à l’heure actuelle. Est-ce que cette « lenteur » était une volonté de ta part ? Ne pas trop en dire, ni trop vite pour captiver le lecteur, lui apprendre (ou plutôt réapprendre) la patience, la magie de l’attente ?

Tout à fait. C’est exactement cela. La lenteur de construction est tout à fait assumée. Je voulais emmener le lecteur avec moi, strate par strate.

Ce n’était pas une démarche préméditée de ma part, cela s’est fait instinctivement.

L’extraordinaire ne peut exister qu’au cœur de l’ordinaire. Ce précepte, outre être d’une logique imparable, était un précepte commun à la littérature gothique anglaise (mère nourricière de la littérature vampirique). Littérature(s) dont j’apprécie énormément la densité, et l’ambiance.
Ainsi donc, pour atteindre le réalisme que je désire pour cet univers, il me fallait en premier lieu plonger le lecteur dans la réalité historique, dans le quotidien du personnage principal. De sorte que, lorsque le fantastique se manifeste, il ait pour le lecteur la même portée que pour le personnage. Soit un événement majeur, qui bouleverse tout. Qui bouleversera d’autant plus fort que les perceptions et superstitions étaient très différentes dans la France du XVIe siècle.

Pour en revenir à la notion de découverte et de patience, il me semble en effet que c’est ainsi que la magie opère le mieux. L’immersion est plus forte lorsque la compréhension s’opère par touche, que les mystères se dévoilent peu à peu.
La saga est construite sur le principe des poupées russes : plus vous lirez avec attention, plus vous relèverez d’éléments, de détails, qui prendront place au fur et à mesure de la lecture (et de la relecture ^^). Il n’y a pas, ou disons, très peu, de place pour le hasard. Ce qui est distillé, ou à l’inverse ce qui est laissé dans l’ombre, est intentionnel. La découverte, l’analyse, le jeu de piste, le fait d’échafauder des théories, tout ceci fait partie intégrante du plaisir de lecture. A mon sens, cela vient renforcer la connexion du lecteur avec l’ouvrage qu’il a entre les mains, ainsi que son immersion, puisque l’implication intellectuelle est de ce fait plus importante.


Ce qui surprend aussi le lecteur (et dans le bon sens du terme), c’est la qualité et la richesse d’écriture de ta saga. On retrouve le sens du bon mot, de la belle phrase, des mille et un détails qui posent une atmosphère et plongent le lecteur dans un autre monde. Est-ce que cela te vient naturellement ou est-ce qu’il te faut travailler et retravailler ton texte pour obtenir un tel résultat ?

Un peu des deux, il me semble. J’essaye de calibrer chaque phrase pour approcher au plus près du sentiment que je désire faire passer. Mais comme je suis une perfectionniste maladive, je relis, et relis, et relis, encore, jusqu’à avoir la sensation d’avoir apposé le mot exact et la tournure adaptée aux subtilités sous-jacentes. Jusqu’à être sûre d’avoir distillé exactement la dose d’information souhaitée. Or, comme je m’efforce de construire ce roman sur plusieurs niveaux de lecture (afin notamment de permettre une nouvelle dimension lors de la relecture, au fur et à mesure de l’avancée des tomes), je consacre beaucoup de temps à peaufiner tout cela.

En moyenne, chaque chapitre est relu et corrigé de 4 à 6 fois. Cela peut monter jusqu’à 8 ou 10 fois, pour certains passages.


Combien de tomes au final comptera la Saga ? Est-ce que tu as déjà toute la trame de ton, de tes histoire(s) ? Sais-tu depuis le début comment cela finira ?

La saga comptera 5 tomes. Elle pourrait éventuellement se voir adjoindre deux tomes supplémentaires, car initialement elle était pensée en sept. À voir, donc. Mais pour le moment, c’est cinq volumes :)

Je sais très exactement comment les choses doivent se dérouler et comment la saga finira, oui. *sourire en coin*


Nous attendons avec impatience la sortie du tome 3, Flétrissures, peux-tu nous en dire quelques mots ? A quoi doit-on s’attendre ?

Le titre de cet opus annonce la couleur. Disons que pour le lire, il serait peut-être plus prudent de vous munir d’une boîte de mouchoirs... Le mieux que je puisse faire pour vous en parler est de vous en offrir - en exclusivité - un court extrait, lequel devrait être plus éloquent sur l’ambiance de ce tome que ne le seraient de longues explications. Attendez-vous  à ce que la dimension psychologique et crépusculaire, déjà développée dans les volumes précédents, y soit creusée encore davantage.


Enfin, as-tu d’autres projets en dehors bien sûr de Rose Morte ? As-tu seulement le temps d’ailleurs de travailler à autre chose ?

Je n’ai rigoureusement le temps  de rien d’autre, non, quand bien même je le voudrais. C’est déjà une lutte perpétuelle pour parvenir à avancer le tome 3. En prenant en considération le temps consacré aux recherches et celui à l’écriture en elle-même, mes journées de travail sont bien remplies. Or, cela ne compte pas les très nombreux à-côtés, ni le impératifs de la vie quotidienne.
J’ai cependant de nombreux autres projets. À commencer par Bleu Nuit, une saga spin-off - s’attachant surtout aux pas d’Adelphe d’Holival - qui me trotte dans la tête depuis un bon moment. Ainsi peut-être qu’un second spin-off, lequel serait pour sa part centré sur… le comte de Janlys.

A côté de cela, j’ai en tête au moins 4 projets de romans, tous de genre fantastique.
Et en exclusivité, juste pour vous et nous, Céline a eu la gentillesse de nous livrer un extrait du tome 3, Flétrissures (vous êtes comme moi là, à trépigner derrière votre écran, hein ????  dancing banana )

Rose Morte, tome 3 : Flétrissures - Extrait

  Au son de cette joie enfantine un lointain sourire caressa les lèvres du prince, causant l’évasion de trésors de délicatesse usuellement tenus au secret. S’inclinant quelque peu vers l’enfant, Vassili lui permit alors de s’ébrouer plus avant dans cette nouvelle aire de jeu. Le petit s’en donna à cœur joie. Paumes enfouies dans la claire prairie, il y déversa une pétulante anarchie cependant que montait son rire en grelot. Et plus il s’amusa, plus franc devint le sourire du prince. Puis, repu de divertissement après une minute de bouleversement capillaire, Josué s’appuya contre l’épaule de son nouvel ami. Passant sans crier gare d’une agitation frivole à un sérieux professoral, il se mit à détailler le visage du Slave. Une immense admiration enlumina bientôt son expression, tandis que son minuscule index dévalait l’arête de ce nez à la stupéfiante droiture. Un ravissement candide, apaisé, comme seuls savent en nourrir les enfants. Un émerveillement d’une pureté étincelante, si loin des maléfices de l’attraction...
  Se contempler dans le miroir d’un regard juvénile avait toujours été pour Rose source de plénitude. Car dans les yeux d’un enfant, il n’y avait ni jalousie, ni frustration, ni envie, ni obsession.
  L’hostilité rampante issue d’une comparaison inévitablement défavorable n’existait pas. Ne survenait non plus nul violent désir de possession, ou abyssal accablement d’un amour sans retour. Un enfant ne cherchait ni à contraindre, ni à culpabiliser. Il n’en venait point à amputer son existence afin de taire une passion inassouvie, ou ne cherchait à nuire pour venger l’éclipse dont il était victime. Un enfant ne fuyait pas parce qu’il se sentait inférieur. Il ne refusait pas non plus sa sympathie pour punir d’être ce qu’il ne serait jamais, puisque son égo n’était en rien meurtri par l’éclat d’une autre présence.
  Le regard d’un enfant ne contenait jamais que la béatitude d’une vision, pour lui, angélique. Et tel le petit Josué devant la rigoureuse somptuosité du prince, il offrait le juste retour de l’enchantement éprouvé en cette contemplation. Or, cette attention était un cadeau. Un baume d’innocence ô combien rafraîchissant pour eux, sans cesse confrontés à la nocivité de leur magnificence, dont les ravages sévissaient jusque dans leur propre clan. Jusqu’au cœur même de leur quatuor...
  Non, il n’y avait rien de plus réconfortant que le regard d’un enfant. Il n’y avait non plus attachement plus généreux ou sincère que le sien. Son amour était inconditionnel. Quels que fussent vos travers, il vous pardonnait. Il avait toujours besoin de vous et le faisait savoir avec toute la spontanéité de sa jeune affection. Surtout si cet enfant était le vôtre...
  Comme fanait l’attendrissement peiné qui relevait la commissure de ses lèvres, Rose, inconsciemment, posa une main sur son ventre. Ses yeux s’attardèrent sur les boucles brunes qui enjolivaient la frimousse du garçonnet, pendant que le pinceau de son esprit les teintait d’un noir de jais. Alors, la piqûre d’un chagrin familier recourba ses doigts sur le sépulcre qui gisait au-dessous.
  Ce bonheur lui resterait inaccessible.
  Le mystère conférant à ses pairs leur sombre existence ne les vivifiait point assez pour qu’ils pussent tout à fait se confondre avec les mortels. Nombre de fonctions naturelles s’étant définitivement arrêtées, ils ne pouvaient par exemple rien absorber de solide faute d’être en mesure de le digérer. Pour les mêmes motifs, ils ne buvaient quoi que ce fût de plus épais que du sang. Ainsi, leur poitrine se gonflait d’un air inutile, leur cœur ne battait plus, et leur corps était aussi fertile qu’un champ de cailloux...
  Ni Rose, ni aucun de ses congénères n’enfanterait jamais. Immortel ou serviteur, leur engeance ne savait donner que la mort.
  Pourtant, dans la tendre torpeur des aubes passées entre les bras de son mentor, elle avait caressé le rêve de porter sa descendance. Mille fois, elle s’était figuré la joie qu’elle aurait eu à choyer le fruit de leur union, à être aimée de celui-ci aussi fort qu’elle l’aurait aimé. Aussi fort qu’elle aurait voulu l’être de son insaisissable amant... Mais à l’instar de tous les vœux formulés depuis sa rencontre, cette soif demeurerait éternellement inextinguible.


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