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 Rencontre avec Marek HALTER - Paris, 24 avril 2014

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Karen
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MessageSujet: Rencontre avec Marek HALTER - Paris, 24 avril 2014   Mar 29 Avr - 10:40

DISCUSSION AVEC MAREK HALTER



A l’occasion de la sortie de Khadija, nous avons eu l’immense honneur de rencontrer Marek Halter, autour d’un thé à la menthe et de délicieuses pâtisseries orientales à la Mosquée de Paris. Là, durant plus d’une heure trente, nous avons échangé sur son nouveau roman mais aussi sur sa carrière d’écrivain et sur son extraordinaire épopée. Des propos passionnants qui nous ont tous charmés.

Khadija est le premier volume d’une trilogie consacrée aux Femmes de l’Islam. Suivront Fatima (la fille de Mahomet), puis Aïcha, sa seconde épouse.

Marek Halter a l’habitude de se présenter comme un « fils de la Bible d’Alexandre Dumas ». Pour l’anniversaire de ses 4 ans, dans la Pologne occupée, son grand-père lui avait offert deux livres illustrés : des contes bibliques pour enfants et l’abrégé des Trois Mousquetaires d’Alexandre Dumas. Ces deux romans l’ont énormément marqué. Il aime raconter des histoires, il adore tenir en haleine les lecteurs, tout comme Alexandre Dumas dont le roman est sorti en épisodes dans un quotidien. Et avec la Bible il a appris qu’avec chaque histoire il faut faire passer un message, partager des connaissances. Il faut que le conte passionne mais qu’une fois lu on a malgré tout l’impression d’avoir appris quelque chose.
Pourquoi les femmes ? C’est tout simplement parce qu’il s’est rendu compte qu’on vit une époque particulière marquée par l’ennui et la violence. Comment empêcher par exemple des mômes de se rendre en Syrie ? Que leur proposer comme alternative, face à la facilité et l'attrait du Jihad ? En 1936, son grand-père s’est donné comme idéal d’aller combattre le fascisme en Espagne et il s’est donné les moyens de traverser la frontière et de se battre aux côtés des Républicains. Mais aujourd’hui il n’y a pas tout ça. Nous sommes incapables de proposer autre chose, un idéal, un combat, qui soient assez immédiats et aventureux pour attirer les jeunes. Il n’y a plus d’Internationale, de partis communistes militants combattants pour de vrais idéaux. Il y avait des espoirs universels qui n’existent plus aujourd’hui. Les grandes questions actuelles sont la crise économique, le chômage… rien de bien passionnant. Du coup, ce sont les religions qui remplacent les idéologies. Parce que l’homme ne peut pas vivre sans espoir. Du fait de la connaissance de sa mortalité, l’homme est devenu une bête angoissée. Et pour contrer cette angoisse, il faut de l’espoir, du soutien, de la prise en charge. Ce que la religion offre. Et il s’est rendu compte que dans les trois grandes religions monothéistes, il y a un problème commun : la femme. On en parle car on a besoin d’elle (rôle purement domestique), mais elle est laissée en marge de l’histoire. Ces religions sont très clairement masculines. Du coup, aujourd’hui, dans certaines familles très croyantes, la femme continue à subir cette vision du monde. On parle encore beaucoup par exemple dans les communautés musulmanes, même en France, de mariages arrangés et forcés pour les femmes. On peut évoquer encore la jeune Pakistanaise, Malala, sur qui on a tiré parce qu’elle a réclamé le droit d’aller à l’école. Il s’est donc dit, en tant que combattant, militant de toujours ("si le monde ne nous plait pas, il faut le changer !"), qu’il tenait ses deux pôles d’intérêt réunis : ce sont des histoires magnifiques (Sarah, Tsippora, Lilah, Marie, Khadija…) et, en même temps, elles lui permettent de faire passer un message, redonner à la femme sa vraie place. Car les gens, mêmes croyants et pratiquants, ne connaissent pas en général leur propre religion. Ils connaissent les fondamentaux, les prières, mais ne vont pas au-delà. Ils ne lisent pas avec attention. De nombreux Juifs par exemple ignoraient que Tsippora, la femme de Moïse, était noire, et que Dieu donne dans ce passage une première leçon de racisme et de tolérance. Pour comprendre aujourd’hui, il faut connaître le passé. Le grand historien Marc Bloch disait ainsi que « l’histoire est toujours contemporaine », dans le sens qu’on la perçoit à travers le prisme de notre culture et de nos croyances.


Après avoir fait le tour des Juifs et des Chrétiens, il était tout naturel qu’il s’intéresse désormais aux Musulmans. Et en la lisant, il s’est passionné pour leur histoire. Nous sommes déjà au Moyen-Âge, au VIIe siècle, en pleine péninsule arabique, occupée alors par des tribus nomades polythéistes et animistes. La plupart sont des commerçants et conduisent, d’oasis en oasis, d’immenses convois de caravanes pour faire le lien entre Asie, Afrique et Europe. De véritables entreprises d’import-export. Une région donc très dynamique, active. On se croirait presque à l’époque de Lawrence d’Arabie. Ce monde est entouré par de grands Empires : l’Empire byzantin orthodoxe, l’Empire perse sassanide, L’empire catholique en Ethiopie, la Chrétienté occidentale. Et au milieu cet univers de tribus polythéistes pas encore structurées en un pouvoir unique. Dans ce monde d’Oasis, celle de La Mecque dominait clairement. Les Mecquois avaient en effet réussi à attirer toutes les grandes tribus en faisant construire la Kaaba, un grand cube noir, autour duquel ils avaient installé 360 idoles, les dieux tutélaires de chacune des tribus. Cela obligeait toutes les tribus de passer par La Mecque pour honorer leur dieu, ce qui a permis à La Mecque de devenir le principal centre économique d’Arabie. C’est un monde en même temps théâtral et extrêmement violent.
Dans ce monde-là vivait une femme puissante, Khadija. Elle est une riche veuve. C’est aussi une femme d’affaire aussi puissante que les hommes, qui dirige d’une main de maître son entreprise de caravaniers. Et un jour, un chef de clan, Abu Talib, vient la voir pour lui demander si elle ne peut pas engager son jeune neveu. Elle accepte et Mahomet rentre ainsi à son service. Elle tombe aussitôt amoureuse de lui, et malgré leur différence d’âge, lui propose le mariage. C’est proprement incroyable comparativement à ce que l’on peut voir aujourd’hui. Si « la mère des Croyants » est libre, aussi bien sexuellement que professionnellement, et qu’elle se permet de proposer à un homme dix ans plus jeune qu’elle, le mariage, il faut le faire savoir. Il s’est dit que c’est peut-être le meilleur moyen d’aider les jeunes musulmanes à acquérir plus de droits en leur donnant des arguments, quelque chose à quoi s’accrocher.
C’est aussi un moyen de montrer, comme le disait Shakespeare, que « nous sommes tous égaux, mais nous ne sommes tous pareils ». Il existe des comportements, des passions universelles, mais en dehors de ça nous avons des cultures différentes, des histoires différentes, des modes de vie différents. Et si l’on vient donner des leçons à un groupe humain au nom d’autres traditions, cela ne marche pas. Il ne suffit pas d’aller dans les banlieues et de faire de grands discours sur le Bien et le Mal. Il faut se référer à leur propre culture, à leur propre histoire. Il fallait donc qu’il raconte leur histoire pour leur montrer que leur propre tradition leur dit que ce n’est pas bien.


Khadija a donc un double objectif. Faire connaître tout d’abord aux non-musulmans cette histoire pour d’une certaine manière, la dédiaboliser. Et pour les Musulmanes, leur donner une référence, pour qu’elles puissent dire à leurs pères, à leurs frères, qu’ils n’ont pas à les obliger de faire des choses que les mères des Croyants n’ont jamais faits. Que pourront-ils répondre à cela.
Les deux romans suivants auront aussi pour but de faire comprendre aux gens ce qu’il se passe aujourd’hui. Ces histoires sont tellement humaines. Fatima est la fille de Khadija et de Mahomet, la dernière née qu’on espérait être un garçon. Et elle le sait et s’est donc conduit comme un garçon pour plaire à ses parents. Après la mort de sa mère et le remariage de son père avec Aïcha, il y a une rivalité qui se développe entre elles. Et cette rivalité continue aujourd’hui : de façon caricaturale, on peut dire que les Sunnites et les Chiites sont en train de se massacrer parce que ces deux femmes se détestaient (la lutte pour la succession entre Ali et Abu Bakr). Si on veut comprendre la politique d’un pays, les traditions, l’équilibre des forces, il faut apprendre son histoire. C’est comme dans la psychanalyse : pour bien comprendre ses réactions, il faut comprendre sa jeunesse et son milieu d’origine.

Dès que vous valorisez une minorité, les gens appartenant à cette minorité vous sont extrêmement reconnaissants. Il a déjà reçu de nombreux témoignages de gratitude de la part de communautés musulmanes. A l’inverse, il a reçu aussi des propos assez violents et virulents sur sa légitimité, notamment en tant que juif, à aborder de telles questions. On se souvient cependant que de telles réactions avaient pu éclore à la sortie de son roman sur Marie. Dès que l’on touche de façon romancée à un personnage sacré, pour certains cela s’apparente à un blasphème, oubliant que tous les saints de l’histoire ont été avant tout des hommes de chairs et de sang.
Et pourtant, c’est justement qu’en tant que non-juif qu’il veut montrer que derrière tout ça il y a une universalité. « Leur histoire est aussi mon histoire puisque ma vie en dépend aujourd’hui ». Il faut connaître son ennemi, ou du moins celui que l’on prend pour notre ennemi. C’est un jeu dialectique : à partir du moment où l’on commence à connaître l’autre, il commence à nous fasciner, il devient beaucoup plus proche et on ne peut plus le diaboliser. Il nous paraît beaucoup plus proche de nous, semblable.


Pour mener à bien son projet, Marek Halter a réalisé de très nombreuses recherches. Il ne suffit pas en effet de connaître le personnage et la chronologie des événements, il faut aussi avant tout maîtriser l’univers dans lequel il évolue : les modes de vie, de pensée, les mœurs, les traditions, les manières de s’habiller, de manger… Ce n’est que lorsque tout cela est maîtrisé que l’on peut lâcher ses personnages et se laisser guider par eux. Et comme nous sommes déjà au VIIe siècle, il existe heureusement beaucoup d’ouvrages sur la vie en Arabie pré-islamique. Il a parcouru aussi tous les textes de l’historien arabe du Xe siècle, Tabari, y cherchant la moindre mention de Khadija. Il a étudié également les textes de l’érudit du IXe siècle, Al-Boukhari. Mais ce qui lui a été le plus utile est la Sîra qui regroupe les biographies de Mahomet. Il a donc lu énormément, parlé avec des imams aussi. Avant parution, il a d’ailleurs soumis Khadija à l’imam de Drancy ainsi qu’au recteur de la Mosquée de Paris qui n’ont rien trouvé à y redire, si ce n’est, pour ce dernier, une scène intime qu’il lui a conseillé d’enlever. Mieux vaut suggérer que trop montrer, quand on parle de sexe associé à ces saints personnages.


En tout cas, le résultat est là et Khadija est juste passionnant à lire !

Un énorme merci à Marek Halter pour ce temps qu’il nous a consacré, ainsi qu’aux éditions Robert Laffont, et tout particulièrement à Cécile pour avoir permis cette rencontre.

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