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 Rencontre avec Silène EDGAR et Paul BEORN - Paris, 10 avril 2014

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Karen
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MessageSujet: Rencontre avec Silène EDGAR et Paul BEORN - Paris, 10 avril 2014   Jeu 17 Avr - 18:17

RENCONTRE AVEC SILENE EDGAR ET PAUL BEORN



A l'occasion de la sortie de 14-14 chez Castelmore, j'ai eu l'occasion de rencontrer dans les locaux de la maison d'édition les deux auteurs, Silène Edgar et Paul Beorn. Durant un moment court mais passionnant, ils sont revenus sur les débuts de cette aventure, leurs méthodes de travail, leurs finalités et leurs projets.

Silène et Paul ont commencé par se présenter l'un l’autre plutôt que se présenter soi-même. On pouvait clairement sentir la complicité et l’amitié qui les unit (ils se connaissent depuis un certain temps, après s’être rencontré via CoCyclics, un collectif d'auteurs francophones des littératures de l'imaginaire.)

Silène : « Paul Beorn est un auteur qui est capable de faire beaucoup de choses. Il a commencé à publier avec de la fantasy pour adulte, avec une forte inspiration historique, et en même temps avec de vrais combats et de vrais éléments de fantasy. Il a donc écrit déjà beaucoup de choses, et là il se met à la jeunesse. Ou du moins il publie de la jeunesse mais il travaillait déjà dessus. Il a aussi un roman d’anticipation qui va sortir à l’automne. Et sur 14-14 nous avons travaillé à la fois sur le fantastique et l’historique, puisqu’on aime ça tous les deux. Et sinon, il a un métier très ennuyeux (inspecteur de la répression des fraudes) mais il est adorable. »

Paul: « Silène, qui s’appelle aussi Silène Edgar ou Sophie pour les intimes, c’est à la fois une auteure jeunesse, puisqu’elle a commencé à publier un roman d’anticipation en trois volumes, Moana, aux éditions du Jasmin. D’ailleurs, c’est une performance parce qu’elle a eu beaucoup de succès avec cette série alors que c’est un petit éditeur peu diffusé. Sophie fait aussi – je ne sais pas s’il faut le dire ici – des nouvelles érotiques (dernier mot chuchoté et bien décomposé…   sourie ). Elle est aussi capable d’écrire des romans pour les adultes, à connotation engagée, avec Fortune Cookies, publié chez Bragelonne (Snark). Egalement des romans un peu déjantés comme celui qui va sortir, Féelure (qui sort en juin chez Snark).
Cet attrait pour l’histoire est aussi en partie ce qui nous rassemble. Silène bosse d'ailleurs sur un autre roman pour Castelmore qui aura aussi un aspect historique important et qui s’appellera Adèle. Mais ça, c’est juste l’aspect auteur, il y a beaucoup à dire sur Sophie. Elle est aussi prof de français, ce qui fait qu’elle anime aussi le site Callioprofs, qui est un site de critiques et qui permet aux profs de se documenter sur la littérature jeunesse. Elle fait aussi des documents pédagogiques pour les éditeurs pour qu’on puisse étudier en classe de la littérature jeunesse. Elle a d’ailleurs préparé celui sur 14-14 en ligne sur le site de Castelmore dans une logique interdisciplinaire, à la fois pour les profs de français et d’histoire.»


Comment est né le projet ? Est-ce une commande passée en prévision du centenaire de la Grande Guerre ou est-ce une idée qui avait déjà germé dans leurs esprits ?

En fait, c’est Sophie (Silène) qui a lancé l’idée, d’abord celle de travailler ensemble, mais ils ne savaient pas encore sur quoi. Puis Sophie a eu l’idée de deux enfants, à deux époques différentes, mais dans le futur, un roman de science-fiction et d’anticipation sur 2014 et 2034. Puis ils ont échangé et Sophie s’est rendue compte que Paul voulait faire quelque chose de plus historique et ils ont cherché une période qui les intéresse tous les deux : la guerre de 14-18. Evidemment c’est aussi en rapport avec le centenaire parce que ça pose des questions d’actualité.
La question des médias de l’époque aussi les a interpellés. Ils ne s’imaginaient pas forcément ce qui allait arriver, du moins jusqu’en août et aujourd’hui, si on est très médiatisés, on ne peut s’imaginer non plus ce qui va arriver en août 2014.
Ils ont donc décidé d’y travailler ensemble mais n’avaient pas encore d’éditeur. Puis Sophie, pour son travail de préparation de documents pédagogiques, est venue dans les locaux de Bragelonne. Elle leur a alors pitché le roman et ça leur a beaucoup plu. Dès qu’elle est sortie des locaux, Sophie s’est précipitée sur son téléphone pour appeler Paul et lui dire, de façon un peu hystérique, qu’il avait intérêt à être toujours d’accord pour écrire le roman parce que maintenant ils avaient un éditeur, ils n’avaient plus le choix et il fallait qu’ils l’écrivent au plus vite. Elle n’avait qu’une crainte: qu’il lui dise non !
L’aventure était lancée. Et si le pitch n’avait pas intéressé Bragelonne, le roman n’aurait sans doute jamais été écrit car c’est difficile d’écrire à deux et il leur fallait absolument la motivation nécessaire pour le faire, et de plus avec une date limite!
Pour Bragelonne, si le pitch les a d’emblée énormément intéressé, ils savaient aussi où ils allaient et qu’ils pouvaient leur faire confiance. Barbara, l’éditrice de Castelmore, connaissait déjà aussi bien Sophie, pour son travail pédagogique, que Paul qui va être publié dans la collection en octobre pour son roman Le jour où.

Paul et Sophie ne se sont adressés à aucun autre éditeur. Ils savaient que chez Castelmore ils seraient bien, qu’on ne les découragerait pas à traiter à la fois de l’historique et du fantastique, et surtout, de faire un roman sur la première guerre mondiale qui ne se passe pas pendant la guerre, mais avant. Ce n’est pas ce qui les intéressait. Il y a eu déjà plein de très bons romans sur la guerre, les tranchées, les poilus… ils ne pensaient pas avoir forcément de légitimité pour revenir là-dessus et faire mieux.
Ce qui les intéresse dans la littérature, ce n’est pas la vie des héros et des grands hommes, mais plutôt sur ce que les décisions des grands hommes apportent aux petites gens, dans leurs villages, dans leur vie quotidienne… Et c’est exactement ce qu’ils ont fait dans 14-14 : ils ont vu l’histoire à travers les yeux d’un gamin de 13 ans qui vit à la campagne. Un des points de l’histoire qui les intéressait tout particulièrement et dont on parle peu (et ils espèrent du coup que ce sera l’occasion pour les profs de le mentionner davantage), c’est le quotidien des régions occupées par les Allemands. Que sont devenus les gens dont les villages ont été envahis, ceux qui n’ont pas été au front ? Dix départements ont été occupés durant la guerre par les Allemands, des régions dévastées, parfois détruites à jamais, dont beaucoup d’habitants ont été envoyés en camps de travail, voire fusillés, sont morts de faim durant la guerre (il y a eu deux très mauvaises moissons avant la guerre – évoquées dans le roman- et avec les réquisitions, beaucoup n’avaient plus rien à manger).


Comment travailler à quatre mains ?

Avant même de commencer à écrire, ils avaient déjà toute l’histoire en tête et pas seulement l’histoire du personnage dont ils devaient s’occuper (Silène a en effet écrit les parties de l’Hadrien de 1914 et Paul de l’Adrien de 2014). Et ils ont fait également beaucoup de recherches à deux. L’un d’entre eux commençait les recherches sur un point précis, l’autre complétait, apportait des éléments nouveaux, ce qui permettait de rebondir à nouveau sur des choses auxquelles ils n’avaient pas forcément pensé au départ. Un travail très enrichissant et dynamique donc.
Le choix du village en est un exemple. Ils ont tous deux scrutés la carte, fait le tour de tous les bleds du coin en se demandant lequel ils vont prendre. C’est Paul qui a finalement choisi. Il a vécu plusieurs années à Laon et connaît bien le village de Corbeny. Il s’est dit que ce serait sans doute plus intéressant que de choisir un village plus au nord et de parler du Chemin des Dames plutôt que de Verdun. Ils ne voulaient pas prendre Craonne non plus, même si c’est à quelques kilomètres de Corbeny, car trop symbolique.

Pour la mise en écriture, c’est aussi un vrai travail d’équipe. Sophie avait ainsi à chaque fois un chapitre d’avance pour que Paul puisse écrire en faisant des parallèles plus marqués : elle écrivait par exemple le chapitre 4 en même temps que Paul écrivait le 3, puis Paul lui envoyait son chapitre ainsi que la correction de celui de Sophie, pour qu’elle puisse rebondir dessus et ainsi de suite. Ils avaient donc chacun leur personnage et leur époque, mais ils intervenaient beaucoup dans le travail de l’autre par des remarques, des corrections, des précisions… Ils ont adoré travailler ensemble et n’ont rencontré aucune difficulté. Tout est dans la discussion et dans l’acceptation des remarques de l’autre, pour aboutir à quelque chose de nouveau, quelque chose de complet, qui se tient bien.

Ils ont voulu faire un livre qui parlait d’histoire et donnait des détails historiques, mais qui ne soit absolument pas un manuel scolaire. Le but, c’est avant tout de s’intéresser aux personnages, et par leur intermédiaire, s’intéresser à l’histoire. Mais aussi à d'autres thèmes Les réflexions de l’Adrien d’aujourd’hui sont aussi essentielles. Ce n’est pas seulement l’Hadrien de 1914 qui est intéressant, et ce n’est en aucun cas un prétexte pour faire de l’histoire et parler de la guerre. C’est avant tout un parallèle entre deux époques, un moyen aussi de mieux comprendre le monde dans lequel on vit.
Une chose qui a beaucoup touché Sophie par exemple, et notamment en tant que professeur, c’est que l’Hadrien de 1914 n’a que ses études pour sortir de son village et de son monde, alors que l’Adrien d’aujourd’hui a du mal à se motiver, et on peut le comprendre. L’avenir qu’il entrevoit n’est pas forcément simple et glorieux, entre ses parents divorcés et une ville moribonde, il ne sait pas trop où aller. Le but n’était certainement pas de dire « oh, ce n’est pas bien de mal travailler à l’école », mais bien de montrer que ce n’est pas simple du tout, et avant tout à cause d’un manque de motivation face à un avenir incertain. Alors qu’en 1914, sur ce point-là, c’était facile : Hadrien savait que, s’il réussissait à convaincre son père et à poursuivre ses études, son avenir serait tout tracé. Aujourd’hui c’est loin d’être le cas, et les enfants en ont conscience. Et le fait de montrer que l’Hadrien de 1914 a ce désir absolu de poursuivre ses études, c’est aussi pour montrer aux élèves d’aujourd’hui que l’école a ses bons côtés. Et quand Adrian apprend à l’école comment sauver son ami, là ça reprend sens pour lui et il reprend goût à l’école.

Ecrire à la manière d’un adolescent de 1914, ce n’est pas trop difficile ? Comment faire un sorte que cela fasse vieillot tout en restant dans le mode ado… C’était un véritable challenge et Sophie en a beaucoup discuté avec ses grands-parents, pour savoir ce qui se disait ou pas. Même si ils avaient vraiment respecté la réalité historique, Hadrien aurait dû parler patois, picard. On voit malgré tout que c’est une autre époque, avec d’autres réalités, et Paul a beaucoup aidé Sophie sur ce travail linguistique.

Le grand message à passer : un roman qui montre ce qu’a pu être la guerre. Et même si elle est complètement en creux, elle est constamment présente. Parce que pour nous lecteurs, on est parfaitement conscient que la guerre va éclater et qu’elle va détruire ces gens. Faire prendre conscience que cette guerre qui s’éloigne de plus en plus a été l’une des choses les plus abominables dans l’histoire de France. La terre s’est gorgée du sang de nos arrière grands-parents. Montrer aux enfants que ceux qui vivaient en 1914 nous sont très proches par de nombreux côtés et que cela ne les a pas empêchés de vivre cette tragédie. On doit donc la comprendre, essayer de savoir pourquoi on en est arrivé là, on doit s’en méfier.

Leurs projets ?
Paul a un nouveau roman qui sortira en octobre chez Castelmore, Le jour où. Ce sera du Young Adult fantastique : les adultes s’endorment tous les uns après les autres en un rien de temps et ils laissent le monde aux enfants et adolescents qui doivent apprendre à se débrouiller sans eux. C’est son bébé, le roman qui lui tient absolument à cœur. Il a été écrit avant 14-14 mais la sortie en a été repoussée à cause de l’actualité sur la première guerre mondiale.
En mai, il sortira un autre roman jeunesse chez un petit éditeur, historique cette fois-ci, qui se déroulera à La Rochelle, là où il est né : il s’agit d’une courte poursuite de fantômes à travers la ville, chaque fantôme les menant vers une époque différente.

Sophie-Silène a Féelure qui sort au mois de juin chez Bragelonne-Snark. Comme son titre l’indique, c’est une histoire de fées, mais pas des fées très politiquement correctes. La Fée Clochette par exemple est devenue mère maquerelle parce qu’il fallait bien fournir Peter en bouteilles et autres. Elle tient donc un lupanar dans le bois de Boulogne. L’héroïne, Gwen, est métisse, moitié fée (la nuit) moitié humaine (le jour), un état qui dure un an. Au bout d’un an, lors d’une cérémonie, elle devra choisir définitivement le monde où elle préférera évoluer. Et ce choix est plus que compliqué pour elle. Elle fait partie de la Brigade anti-kidnapping de fées (la BAKF) et elle s’y sent très bien.
Elle sort également chez le même éditeur que Paul un roman historique jeunesse. Mais elle ne peut en dire plus car tout le principe est de garder le mystère sur la période et de la découvrir en cours de lecture.
Et l’année prochaine, il y aura Adèle chez Castelmore. C’est une petite louloute d’aujourd’hui qui n’est pas très bien chez elle, un peu délaissée par sa famille et inconsolable de la mort de sa grand-mère qui s’occupait d’elle. Elle n’est donc pas bien dans ses baskets et elle doit lire la Reine Margot pour le cours de français. Et elle se retrouve en rêve à cette époque et y rencontre Samuel, un protestant. Elle aimerait bien y rester dans ce monde et toutes les nuits elle y rêve de nouveau, de la Saint Barthélémy, de cette époque-là… ce qui ne va pas sans danger!

Un grand merci à Sophie (je ne dirais plus Silène  wink) et Paul pour ce super moment de discussion, ainsi qu'à l'équipe de Castelmore pour avoir permis la rencontre !  sessertlammain 



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