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 Interview d'Andrea Cremer - 22 mars 2015

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Karen
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MessageSujet: Interview d'Andrea Cremer - 22 mars 2015   Lun 27 Avr - 12:17

Rencontre avec Andrea Cremer


A l'occasion du Salon du Livre de Paris et la sortie de son nouveau roman, Le Secret de l'Inventeur, les éditions Lumen ont invité l'adorable Andrea Cremer et nous ont permis de l'interviewer.  

J'avais déjà eu la chance de rencontrer Andrea Cremer en 2011 lors de sa venue en France pour la sortie du dernier Nighshade. Il était donc inutile de reposer les questions générales sur sa carrière d'écrivain et je vous invite à les lire dans l'interview que j'avais réalisé alors.

Je me suis donc concentrée sur Le Secret de l'Inventeur, que j'ai beaucoup aimé même s'il s'agit d'une lecture davantage adolescente que Young Adult (manque de profondeur et de détails précis dans le contexte).

Q° : Il y a 4 ans vous nous aviez justement parlé de deux romans en préparation sortis entre temps : Invisibility, écrit avec David Levithan, et Le Secret de l'Inventeur dont vous nous aviez donné le titre exact et le résumé.  Vous enseignez l'histoire et êtes spécialisées dans le début de la période moderne (XVIe-XVIIIe siècles), du coup pourquoi avoir choisi d'insérer votre histoire au XIXe siècle ?

Andrea Cremer : Oui. C'est une excellente question. L'histoire américaine du XVIIIe siècle se concentre presque exclusivement sur la Guerre d'Indépendance et ses suites (l'esclavage, la Guerre Civile, la Conquête de l'Ouest), et très peu sur son histoire antérieure. Et ce qui m'intéresse ici – d'une manière alternative -, c'est vraiment ce qui fait suite à la Révolution, la manière dont elle a modifié de façon déterminante l'histoire ultérieure. Tout le destin des Etats Unis est là, dans le succès de la Révolution Américaine. Et du coup j'ai voulu me demander : Et si la Révolution Américaine avait échoué ? Et je me suis lancée le défi d'y répondre, de secouer à ma manière l'histoire pour en faire autre chose. De créer une nouvelle identité américaine, car la définition des Etats Unis repose uniquement sur son succès durant la Guerre d'Indépendance. En tant qu'historienne, c'est une question interdite. On n'a pas le droit de se demander « et si ? ». Mais en tant qu'écrivain, on peut se le demander, on peut s'éloigner de la réalité et s'en créer une autre.
Et le XIXe siècle a un autre avantage : apporter au roman des éléments de fantasy dans un univers steampunk. Dans mes précédents romans, je suis restée dans la fantasy classique à la Donjons & Dragons avec des combats médiévaux. Ici, je voulais autre chose, des gadgets, des machines, des inventions, des scientifiques fous... du Steampunk tout simplement.
C'était un vrai challenge pour moi.

En fait, pendant toute la lecture du roman, j'ai eu l'impression d'avoir un mix entre XVIIIe et XIXe siècle : le contexte politique du XVIIIe siècle, pré-indépendance, avec le contexte socio-économique du XIXe siècle, avec la Révolution Industrielle et le Steampunk qui en découle.

Andrea : Oui ! C'est exactement ça ! Génial !

Q° : Vous avez créé un univers très original : Un XIXe siècle américain encore anglais, combiné avec de la mythologie grecque (Athéna et Hephaïstos) et en même temps un petit côté mythologie égyptienne avec le Livre des Morts. Pourquoi un tel mélange, pourquoi ce choix d'intégrer des mythologies antiques dans un monde moderne ?

Andrea : En fait on revient à ce que vous avez-vous même souligné juste avant sur le mix entre contexte politique du XVIIIe siècle avec le contexte socio-économique du XIXe siècle. Le XIX e siècle se caractérise entre autre par un retour aux classiques, le développement de l'archéologie, aussi bien gréco-romaine qu'égyptienne, la lecture des Anciens... Tout le monde s'intéressait à ce néo-classicisme, et spécialement les Anglais. Beaucoup d'ailleurs se faisaient représenter dans des portraits habillés en toge ou dans des décors gréco-romains. J'étais voulu restée attachée à ces grandes influences qui ont traversé la société anglaise à cette époque.
L'idée aussi était de créer une ligne politique continue entre les anciennes démocraties grecques et la Révolution Américaine. C'est un héritage qui importe beaucoup aux Américains et qu'il me fallait donc développer. Et dans le roman, ils vont même plus loin puisqu'ils décident de reprendre leur compte la religion grecque, avec deux dieux en particulier, Athéna et Héphaïstos. Héphaïstos, dieu des Forgerons, mué en dieu de la technologie et de l'industrie, pour le rattacher à la modernité ; tandis qu'Athéna conserve son aspect guerrier et sage pour représenter l'autre versant du roman. Cela me permettait de me pencher à nouveau sur le panthéon des dieux grecs, dans une version modernisée. L'univers steampunk m'a permis non seulement d'évoquer cette mythologie grecque, mais aussi de revenir sur l'Egyptologie qui était très à la mode au sein de l'Empire britannique. Il existait une vraie fascination pour l'Egypte, son art et ses mythes. Et je pense qu'il y avait une vraie volonté de récupération de tous ces mythes de la part de l'Empire Britannique pour justifier sa propre cosmologie, sa prétention à la domination, en se posant comme héritiers des Anciens.
Et aussi tout simplement parce que quand j'étais petite j'éprouvais une vraie fascination pour la mythologie et je lisais tout ce qui me tombait sous la main à ce sujet.

Q° : Evoquons les personnages maintenant. J'ai lu Nightshade et vos personnages féminins ont en commun d'être fortes, même si Charlotte m'a semblé avoir un caractère plus trempé que Calla.

Andrea : C'est important pour moi de créer des femmes fortes. Je suis profondément féministe et c'est incontournable d'avoir des femmes fortes au centre de mes histoires. Quand j'étais ado je trouvais justement qu'on n'en avait pas assez et ça me frustrait énormément. J'adorais par exemple le personnage d'Eowyn dans Le Seigneur des Anneaux et ça m'a toujours agacé de voir quel petit rôle était le sien.
Charlotte est en effet de manière plus évidente rebelle, mais en réalité Calla l'est tout autant, juste plus discrètement. Elle a adhéré à un système toute sa vie pour se rendre compte après coup qu'en fait ce système est perverti, et elle se doit donc de se retourner contre l'ordre établi. C'est quelqu'un de calme, stoïque, prudente dans ses décisions, que les circonstances ont poussé à se rebeller. Elle ne le veut pas mais n'a pas le choix. Charlotte, elle, vit dans l'ombre de son grand frère, Ash. Elle est impulsive, dit tout ce qui lui passe par la tête et a tendance à agir avant de réfléchir. Elle est très passionnée, a beaucoup de caractère, et pense que l'Empire est foncièrement mauvais et qu'elle doit le combattre par tous les moyens. Et dans le second tome, elle va se rendre compte que tout n'est pas si tranché, si manichéen, que tout a un coup. Que même être une rebelle a un coup. Au final, Calla et Charlotte ont donc beaucoup en commun, elles vont devoir grandir trop vite à cause des circonstances particulières dans lesquelles elles vivent, elles vont devoir apprendre à modifier leur vision des choses et de la vie.

Q° : Justement cela me permet d'embrayer sur la suite. Et il y a particulièrement 3 points qui m'ont titillé et que j'aimerais savoir s'ils seront développés davantage dans le 2nd tome :
L'Empire tout d'abord. La manière dont il fonctionne. On l'entraperçoit à peine dans ce 1er tome.
La Rébellion ensuite. On ne voit quasiment pas les parents et les adultes ici.
La Romance enfin, la double romance même, entre Meg et Ash d'un côté, entre Charlotte et Jack de l'autre. Et pouvez-vous nous garantir qu'on n'aura pas de triangle amoureux à la Nightshade entre Charlotte, Jack et Coe ? Pitié, pas de triangle amoureux !


Andrea : Dans le 2nd tome, géographiquement on va s'éloigner de l'Empire mais on va malgré tout en savoir davantage sur l'Empire, notamment leurs machines de guerre et leur potentiel de destruction.
Le 2nd tome va se dérouler dans la zone du Mississipi et les adultes vont rentrer en scène. Cela fait longtemps que les enfants et leurs parents avaient été séparés et du coup ils avaient chacun adopté de leur côté des visions différentes de la situation. Un fossé s'est créé entre eux qui va apparaître au grand jour dans le 2nd tome.  
Les romances vont être bien évidemment présentes mais elles seront très tendues. La Rébellion va prendre tellement de place dans leur vie, que le moment ne sera pas encore vraiment à la bagatelle. La situations sera telle que Charlotte et ses amis vont devoir faire des choix, abandonner pour un temps leurs intérêts personnels pour se consacrer à la guerre et à la conquête de leur liberté. Et rassurez-vous, pas de triangle amoureux et Jack sera bien évidemment l'heureux élu !


Q° : La couverture française est très différente de celle américaine qui montre la libellule mécanique. Ici, c'est un cœur, qui révèle un peu l'identité de Grave, même si on s'en doute. Comment trouvez-vous la couverture française ?

Andrea : Je l'adore ! Elle révèle très bien l'ambiance du roman, et Grave est un personnage que j'aime tellement, tout en émotion. Et la skyline derrière le cœur est parfaite.
Le personnage de Grave va d'ailleurs évoluer et une véritable amitié va se créer avec Charlotte.

Q° : 2015 c'est vraiment votre année en France puisque Invisibility sort aussi en juin chez Michel Lafon. Comment avez-vous travaillé avec David Levithan sur ce roman ?

Andrea : David est vraiment l'un de mes plus proches amis. C'est un auteur talentueux mais avant tout un homme extraordinaire, incroyablement gentil et généreux. Une personne merveilleuse. C'était génial de travailler ensemble. En fait David a écrit les chapitres écrits du point de vue de Steven, et j'ai écrit ceux écrits du pont de vue d'Elizabeth. Il m'envoyait un chapitre. Je le lisais et m'imprégnais de l'histoire avant de lui envoyer le chapitre suivant, et ainsi de suite. C'était très drôle de découvrir ce que l'autre avait chaque fois imaginé et d'y répondre. Evidemment, nous nous sommes rencontrés au début pour l'intrigue général et être sûrs que nous voulions tous deux aller dans le même sens. Et nous avions exactement la même vision des choses donc tout a roulé de façon simple et logique. C'était vraiment excitant de travailler ainsi. Une option cinématographique a été mise sur le roman et on attend de voir comment cela va évoluer. Et si le film sort, il y a de grandes chances qu'on retravaille à nouveau sur un autre roman dans l'univers d'Invisibility.


Un grand merci à Andrea Cremer et à toute l'équipe des éditions Lumen !

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